L’art contemporain, et la fillette - Salvador Sanchez
Salvador Sanchez

L’art contemporain, et la fillette

Surtout, je ne devais pas m’affoler. J’avais pris le mauvais autobus, et je voyais défiler des rues que j’étais bien en peine de reconnaître. Je devais absolument descendre à la prochaine station. Dans ma pochette, dont je place la lanière en travers de mon buste, j’avais un plan de la ville. J’ai essayé de me repérer dessus. J’avais un rendez-vous avec un ami devant un musée. J’ai envoyé un message à René pour qu’il m’attende. Je savais qu’il avait demandé un avis à son beau-frère sur un remplacement toiture deux-montagnes. Après cette courte entrevue, il devait aller à son club de gym pour récupérer des affaires qu’il avait oubliées dans son casier. Ensuite seulement, il viendrait devant le lieu d’exposition où nous devions nous retrouver. J’ai reçu une réponse qui me rassura, car il n’avait pas encore atteint cet endroit. Il avait aussi quelques courses à faire dans un magasin de jouets.

Par la suite, je sus que sa nièce fêtait ses dix ans dans la semaine, et qu’il lui avait pris une voiture télécommandée. La fillette rêvait de posséder un modèle tout terrain. C’est rare qu’une fille demande ce genre de jouets et son oncle avait tout fait pour satisfaire sa demande. En effet, quand je l’ai vu sur la place, où il m’attendait depuis un quart d’heure, il avait un paquet enveloppé de papier doré avec des rubans roses et bleus fixés dessus. Encombré par le présent, il le déposa dans une consigne à l’entrée de la salle d’exposition. J’étais venu de loin pour la voir. J’ai toujours aimé l’art contemporain et les tableaux de Mondrian étaient présentés au public en une rétrospective étonnante. J’ai passé plus d’une heure à les contempler. J’ai même fait quelques croquis et j’ai acheté le catalogue des œuvres exposées. 

À ma sortie, je fus ébloui par le soleil de midi. J’avais une faim terrible et j’ai annoncé à René mon intention de dîner en ville. Mon idée fut accueillie avec enthousiasme. Il proposa de découvrir un adorable restaurant où la nourriture était délicieuse et servie en abondance. De plus, peu de personnes le connaissaient et je serais servi rapidement. Je l’ai suivi dans cet établissement surprenant et accueillant. Je fus comblé par tous les plats que j’ai goûtés. Parvenu à la fin de mon café gourmand, j’ai questionné mon ami sur ses projets. Je ne m’attendais pas à cette annonce de son départ pour un autre pays.